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À l'heure où l'oranger
Embaume mieux la plage,
À l'heure où l'étranger
Déserte ce rivage,
Emportant avec lui
Ce tumulte sans trêve
Que remplace aujourd'hui
Le roulis de la grève.
Quand, des champs de rosiers
Aux champs de violettes,
À travers tous sentiers
Les récoltes sont faites,
Et quand chaque maison
Avec ses vitres closes
Nous dit : fin de saison,
Repos de toutes choses ;
Dans cet air attiédi
Qui t'assoupit toi-même,
Ô fille du Midi,
Ma Nice, que je t'aime !
Dépose tes atours
Et reprends ta corbeille,
De reine, ô mes amours,
Tu redeviens Mireille !
C'est alors qu'il m'est doux
De parcourir ta plage
Comme un amant jaloux
Qui te veut sans partage.
Ô Nizza, c'est alors
Que ton charme m'enivre,
Et que seul sur ces bords
Mon cœur se sent revivre.
Mais c'est alors aussi
Qu'une amère pensée
Me dit : va loin d'ici,
Où ta route est tracée !...
L'homme est le Juif-Errant
Qui jamais ne s'arrête,
Et s'éloigne en pleurant
Au milieu de la fête.
Dans tout terrestre Eden
L'archange armé d'un glaive
Le réveille soudain
Au plus beau de son rêve,
Et, du monde enchanté
Que la chimère habite,
Dans la réalité
D'un trait le précipite.
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Je le garde en mes yeux,
Je l'emporte en mon âme,
Le reflet des flots bleus,
Le doux bruit de la lame,
Le ton rose et nacré
Dont ce golfe s'imprègne
Quand le voile empourpré
De l'occident s'y baigne ;
Le mobile sillon
Que le phare y rallume
Quand le dernier rayon
S'est éteint dans la brume,
Et plus tard dans la nuit,
Argentant sa surface,
Le grand globe qui luit
Sur cette immense glace ;
Les neigeuses blancheurs,
Le pénétrant arôme
De cet arbuste en fleurs
Qui partout nous embaume
L'éclair des feux mouvants
Qui voltigent dans l'ombre,
Petits astres vivants
Étoilant la nuit sombre ;
Tout jusqu'à la clameur
Qui des étangs s'élève,
Comme un étrange chœur,
Sans repos et sans trêve,
Quand les douces clartés
De la lune réveillent
Les seuls hôtes restés
Aux villas qui sommeillent.
Oui, tous ces bruits divers
Dont l'oreille est frappée
Ont empreint dans mes vers
Leur vague mélopée ;
Ces splendeurs que je vois,
Ces parfums que j'aspire,
Tout a pris une voix
Dont la mienne s'inspire.
Douce voix du passé
Qui dira tous tes charmes !
Beau passage effacé
Par tant d'amères larmes,
Souvenirs retrouvés
Aux sentiers de l'enfance,
Rêves inachevés
Que le cœur recommence.
Ô Nizza ! jour par jour,
Sous tes métamorphoses,
Ainsi de mon amour
Je reconnais les causes ;
Humble abeille en tes fleurs
Puisant la poésie,
De leurs mille saveurs
J'ai fait mon ambroisie.
Et quand loin de ton ciel,
Loin de ta plage aimée,
Je vivrai de ce miel,
Dans la ruche enfermée,
Ton souvenir viendra
Réchauffer tout mon être,
Et mon chant vibrera
Jusque vers toi... peut-être ?