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Nice au mois de Mai

Cécile d’Affry, baronne d’Ottenfels · 1888 · Parnasse · 19e siècle
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À l'heure où l'oranger Embaume mieux la plage, À l'heure où l'étranger Déserte ce rivage, Emportant avec lui Ce tumulte sans trêve Que remplace aujourd'hui Le roulis de la grève. Quand, des champs de rosiers Aux champs de violettes, À travers tous sentiers Les récoltes sont faites, Et quand chaque maison Avec ses vitres closes Nous dit : fin de saison, Repos de toutes choses ; Dans cet air attiédi Qui t'assoupit toi-même, Ô fille du Midi, Ma Nice, que je t'aime ! Dépose tes atours Et reprends ta corbeille, De reine, ô mes amours, Tu redeviens Mireille ! C'est alors qu'il m'est doux De parcourir ta plage Comme un amant jaloux Qui te veut sans partage. Ô Nizza, c'est alors Que ton charme m'enivre, Et que seul sur ces bords Mon cœur se sent revivre. Mais c'est alors aussi Qu'une amère pensée Me dit : va loin d'ici, Où ta route est tracée !... L'homme est le Juif-Errant Qui jamais ne s'arrête, Et s'éloigne en pleurant Au milieu de la fête. Dans tout terrestre Eden L'archange armé d'un glaive Le réveille soudain Au plus beau de son rêve, Et, du monde enchanté Que la chimère habite, Dans la réalité D'un trait le précipite. --- Je le garde en mes yeux, Je l'emporte en mon âme, Le reflet des flots bleus, Le doux bruit de la lame, Le ton rose et nacré Dont ce golfe s'imprègne Quand le voile empourpré De l'occident s'y baigne ; Le mobile sillon Que le phare y rallume Quand le dernier rayon S'est éteint dans la brume, Et plus tard dans la nuit, Argentant sa surface, Le grand globe qui luit Sur cette immense glace ; Les neigeuses blancheurs, Le pénétrant arôme De cet arbuste en fleurs Qui partout nous embaume L'éclair des feux mouvants Qui voltigent dans l'ombre, Petits astres vivants Étoilant la nuit sombre ; Tout jusqu'à la clameur Qui des étangs s'élève, Comme un étrange chœur, Sans repos et sans trêve, Quand les douces clartés De la lune réveillent Les seuls hôtes restés Aux villas qui sommeillent. Oui, tous ces bruits divers Dont l'oreille est frappée Ont empreint dans mes vers Leur vague mélopée ; Ces splendeurs que je vois, Ces parfums que j'aspire, Tout a pris une voix Dont la mienne s'inspire. Douce voix du passé Qui dira tous tes charmes ! Beau passage effacé Par tant d'amères larmes, Souvenirs retrouvés Aux sentiers de l'enfance, Rêves inachevés Que le cœur recommence. Ô Nizza ! jour par jour, Sous tes métamorphoses, Ainsi de mon amour Je reconnais les causes ; Humble abeille en tes fleurs Puisant la poésie, De leurs mille saveurs J'ai fait mon ambroisie. Et quand loin de ton ciel, Loin de ta plage aimée, Je vivrai de ce miel, Dans la ruche enfermée, Ton souvenir viendra Réchauffer tout mon être, Et mon chant vibrera Jusque vers toi... peut-être ?

Notes

Recueil: Bouquet de pensées. Dédicace: A Madame de Castex. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5427425w/f129.item

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