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Les regains

Cécile d’Affry, baronne d’Ottenfels · 1884 · Parnasse · 19e siècle
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Ce n'était pas encor l'automne, Ce n'était presque plus l'été : Déjà le tic-tac monotone Nous disait le blé récolté ; Mais le doux arôme que j'aime Des prés s'exhalait de nouveau, Nous apportant l'adieu suprême Des fleurs qui paraient le coteau. Des fleurs dont les tiges accrues Ondoyaient, mobile décor, Fraîches visions disparues Que le regard poursuit encor. Et je songeais à la parole Du roi qui compare nos jours À cette éphémère corolle Que la faux tranche pour toujours. Et l'amertume du Psalmiste À son tour s'emparait de moi, Pareille au refrain grave et triste Que l'on répète malgré soi ; Oui, comme ces herbes fanées Que la faucille livre au vent, J'ai vu s'effeuiller les années Qui s'ouvraient au soleil levant, Au soleil ardent de la vie Qui dorait si bien le matin, Quand devant notre âme ravie Miroitait l'horizon lointain. Ah ! les beaux ans si pleins de sève ! Les beaux jours si pleins d'avenir ! Qui dira s'ils n'étaient qu'un rêve, Ou bien s'ils sont un souvenir ?... Tant d'ombre a passé sur la route, Et tant de neige sur les fleurs, Sur l'espérance tant de doute, Et sur le rire tant de pleurs, Que plus tard, en rouvrant la page, Où rayonna l'enchantement, L'œil ne retrouve ce mirage Qu'avec un morne étonnement... - - - Pourtant à l'heure où le jour baisse, Quand le foin répand sa senteur, C'est tout un parfum de jeunesse Qui revient m'embaumer le cœur ! Je revois la folâtre enfance À travers les meules courant. Puis la rêveuse adolescence Tapie en ce nid odorant ; Et le poète chaque année, S'isolant pour venir encor, Au milieu de l'herbe fanée, Chercher la strophe aux ailes d'or. Aussi quand l'arôme que j'aime Des prés s'exhale de nouveau, Nous apportant l'adieu suprême Des fleurs qui paraient le coteau, Et quand le tic-tac monotone Nous parle du blé récolté, Je ne sais plus si c'est l'automne, Tant je me souviens de l'été.

Notes

Recueil: Bouquet de pensées (1888). https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5427425w/f15.item Poème publié pour la première fois dans la "Revue des deux mondes", volume 63, 1884. (Le nom de la baronne n'y apparaît cependant pas.) https://www.revuedesdeuxmondes.fr/revue-details/?intervalstart=1880&intervalend=1889&choosedyear=1884&rid=48182

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