«
Ce n'était pas encor l'automne,
Ce n'était presque plus l'été :
Déjà le tic-tac monotone
Nous disait le blé récolté ;
Mais le doux arôme que j'aime
Des prés s'exhalait de nouveau,
Nous apportant l'adieu suprême
Des fleurs qui paraient le coteau.
Des fleurs dont les tiges accrues
Ondoyaient, mobile décor,
Fraîches visions disparues
Que le regard poursuit encor.
Et je songeais à la parole
Du roi qui compare nos jours
À cette éphémère corolle
Que la faux tranche pour toujours.
Et l'amertume du Psalmiste
À son tour s'emparait de moi,
Pareille au refrain grave et triste
Que l'on répète malgré soi ;
Oui, comme ces herbes fanées
Que la faucille livre au vent,
J'ai vu s'effeuiller les années
Qui s'ouvraient au soleil levant,
Au soleil ardent de la vie
Qui dorait si bien le matin,
Quand devant notre âme ravie
Miroitait l'horizon lointain.
Ah ! les beaux ans si pleins de sève !
Les beaux jours si pleins d'avenir !
Qui dira s'ils n'étaient qu'un rêve,
Ou bien s'ils sont un souvenir ?...
Tant d'ombre a passé sur la route,
Et tant de neige sur les fleurs,
Sur l'espérance tant de doute,
Et sur le rire tant de pleurs,
Que plus tard, en rouvrant la page,
Où rayonna l'enchantement,
L'œil ne retrouve ce mirage
Qu'avec un morne étonnement...
- - -
Pourtant à l'heure où le jour baisse,
Quand le foin répand sa senteur,
C'est tout un parfum de jeunesse
Qui revient m'embaumer le cœur !
Je revois la folâtre enfance
À travers les meules courant.
Puis la rêveuse adolescence
Tapie en ce nid odorant ;
Et le poète chaque année,
S'isolant pour venir encor,
Au milieu de l'herbe fanée,
Chercher la strophe aux ailes d'or.
Aussi quand l'arôme que j'aime
Des prés s'exhale de nouveau,
Nous apportant l'adieu suprême
Des fleurs qui paraient le coteau,
Et quand le tic-tac monotone
Nous parle du blé récolté,
Je ne sais plus si c'est l'automne,
Tant je me souviens de l'été.