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Aux sereines hauteurs d'où l'âme humaine embrasse
La marche de ce monde à travers l'infini,
Un asile s'élève où l'oiseau de l'espace
Vient chercher chaque jour un aliment béni.
Ce n'est pas le blé seul qui forma sa substance,
Ni le suc d'un seul fruit sa multiple saveur :
Dans l'univers entier on a pris son essence,
Le sel dans l'Océan et le miel dans la fleur.
Dans les jardins ardents où les astres fleurissent
On l'a ravie au front de l'étoile des airs,
Dans les jardins vivants où deux règnes s'unissent
On l'a puisée au sein de l'étoile des mers.
De la cime éthérée aux profondeurs du gouffre,
De l'atome invisible aux géants disparus,
Partout où l'existence éclot, jouit et sourire,
Et progresse à pas lents vers ses destins accrus.
Partout on a fouillé les archives du monde
Pour trouver le secret de sa formation,
Partout on a sondé les mystères de l'onde
Pour y saisir la vie en son éclosion.
Et comme l'aigle apporte aux aiglons la pâture
Que son regard perçant au loin sut découvrir,
Telle, en sa course ardente à travers la nature,
La science a conquis ce qui nous va nourrir.
Alors l'aire des cieux devient la ruche close
Où, condensant pour nous son butin glorieux,
Travailleuse nocturne à l'heure où tout repose,
L'humble abeille élabore un miel mystérieux ;
Où, n'entendant plus rien des vains bruits de la terre,
À son labeur aride on la voit se river,
Et consumer sa vie à cette tâche austère
Qui se poursuit toujours sans jamais s'achever.
Désormais toute coupe à notre soif tendue
Est semblable pour elle à ces lacs au flot bleu
Qui n'arrêtent jamais dans sa course éperdue
L'express qui court au but sous la vapeur en feu.
Et pourtant elle sait que la course est trop brève,
Et le but trop lointain, l'horizon trop borné,
Et qu'il faudra mourir sans atteindre son rêve
Comme Moïse au seuil du pays fortuné...
Qu'importe ! elle a guidé sous la nuée en flamme
Tout un peuple d'élus, pionniers du chemin,..
Et jeté sur la route où rayonna son âme
Des jalons lumineux qu'on va suivre demain.