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Roule tes flots qui grondent
Sur ces bords qu'ils inondent,
Toujours plus furieux !
Lance plus haut encore
Ta grande voix sonore
Cette voix dont j'adore
Le bruit victorieux !
C'est ainsi que je t'aime,
Dans ta fureur suprême
Qui nous fait frissonner,
Dans cet élan sublime
Que nul frein ne comprime,
Et qui semble en l'abîme
Vouloir tout entraîner !...
Quand l'ouragan s'élève
Moi j'accours sur la grève.
Pareille à ces oiseaux,
Amoureux de l'orage,
Dont l'ondoyant plumage
Là-bas flotte et surnage
Sur l'écume des eaux.
Et ma triste pensée,
Si longtemps oppressée,
Déborde avec les flots :
Et mon cœur se dilate,
On dirait qu'il a hâte
Que sa douleur éclate
Et s'exhale en sanglots.
Plus amer que ton onde,
Le torrent qui m'inonde
A son âpre saveur ;
Ah ! soulève, soulève,
Sans repos et sans trêve,
Tous les flots sur la grève,
Tous les maux dans mon cœur!...
Une pensée affreuse.
Toujours plus avant creuse
Là, dans mon souvenir
Ah ! du bruit de ta lame
Couvre le cri de l'âme
Qui s'élève et réclame
Sa part de l'avenir !...
D'un beau rêve enivrée,
Ma part je l'ai livrée,
Comme un enjeu banal.
A cette aube candide
Où l'espérance avide
Va sombrer dans le vide
En cherchant l'idéal...
Et maintenant qu'importe
À ma jeunesse morte
Où l'entraîne le sort?...
Lorsque l'algue sans sève
A dormi sur la grève
Le prochain flot l'enlève
Sans lutte et sans effort.
Que l'ouragan la brise,
Ou qu'une tiède brise
Berce son lit mouvant.
Vers le courant terrible
Ou vers le port paisible
On la voit, insensible,
Flotter au gré du vent.