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Tempêtes

Cécile d’Affry, baronne d’Ottenfels · 1888 · Parnasse · 19e siècle
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Roule tes flots qui grondent Sur ces bords qu'ils inondent, Toujours plus furieux ! Lance plus haut encore Ta grande voix sonore Cette voix dont j'adore Le bruit victorieux ! C'est ainsi que je t'aime, Dans ta fureur suprême Qui nous fait frissonner, Dans cet élan sublime Que nul frein ne comprime, Et qui semble en l'abîme Vouloir tout entraîner !... Quand l'ouragan s'élève Moi j'accours sur la grève. Pareille à ces oiseaux, Amoureux de l'orage, Dont l'ondoyant plumage Là-bas flotte et surnage Sur l'écume des eaux. Et ma triste pensée, Si longtemps oppressée, Déborde avec les flots : Et mon cœur se dilate, On dirait qu'il a hâte Que sa douleur éclate Et s'exhale en sanglots. Plus amer que ton onde, Le torrent qui m'inonde A son âpre saveur ; Ah ! soulève, soulève, Sans repos et sans trêve, Tous les flots sur la grève, Tous les maux dans mon cœur!... Une pensée affreuse. Toujours plus avant creuse Là, dans mon souvenir Ah ! du bruit de ta lame Couvre le cri de l'âme Qui s'élève et réclame Sa part de l'avenir !... D'un beau rêve enivrée, Ma part je l'ai livrée, Comme un enjeu banal. A cette aube candide Où l'espérance avide Va sombrer dans le vide En cherchant l'idéal... Et maintenant qu'importe À ma jeunesse morte Où l'entraîne le sort?... Lorsque l'algue sans sève A dormi sur la grève Le prochain flot l'enlève Sans lutte et sans effort. Que l'ouragan la brise, Ou qu'une tiède brise Berce son lit mouvant. Vers le courant terrible Ou vers le port paisible On la voit, insensible, Flotter au gré du vent.

Notes

Recueil: Bouquet de pensées. Sous-titre: Sur un thème de Schiller. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5427425w/f64.item

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