← Retour aux poèmes

La graine du beau

Cécile d’Affry, baronne d’Ottenfels · 1888 · Parnasse · 19e siècle
«
I J’ai cru longtemps que les pensées Ne germaient qu'au fond des grands bois, Sous les branches entrelacées Où le silence a tant de voix. J'ai cherché leur divin sourire À travers les sentiers perdus, Et j'ai cru qu'il allait me dire Des mots de moi seule entendus. Mais là, sur la mousse tapie, Dans un morne engourdissement, La pensée était assoupie Comme la Belle au bois dormant. Et quand sous ma douce caresse Elle ouvrit ses beaux yeux de fleur, Je m'aperçus avec tristesse Qu'ils avaient perdu leur couleur. Je vis que son frêle corsage Dans l'ombre s'était aminci : Ce n'était qu'une fleur sauvage Qui me fixait d'un air transi. Demeure où le soleil t'éclaire Me disait ce regard profond, Ici-bas tout est solidaire : L'être isolé n'est pas fécond. Si tu veux qu'un souffle t'inspire, Va le chercher dans les jardins Où la pensée ardente aspire L'effluve des germes divins, Où partout dans l'azur voltige La graine impalpable du Beau, Où le sauvageon sur sa tige Va greffer un arbre nouveau, Où dans un fraternel échange Âpres parfums, fraîches senteurs, Tout se confond et se mélange, Bouquet aux multiples saveurs. Là, dans ce grand concert d'arôme, Là, sous cette clarté d'en haut, Dans l'air que la pensée embaume, C'est là que la pensée éclot ! II Sur ces fleurs immortelles Va parfumer tes ailes Papillon créateur ! Poète, amant des âmes, Sur les pages en flammes Va réchauffer ton cœur ! À la coupe du livre Bois ce suc qui t'enivre, Comme le vin nouveau Dont la mousse odorante Monte, fusée ardente, De la lèvre au cerveau ! Que la forme du maître. T'imprègne et te pénètre De son charme profond, Et que ton vers s'y coule Comme en un nouveau moule Le vieux bronze se fond ! Soldat de l'art sublime, Regarde vers la cime Et sois prêt à l’assaut ! Car dans ce monde en marche Le Beau n'est qu'une marche Pour le chercher plus haut ! Car tout monte et gravite, Et jusqu'en cet orbite Que l'Immuable étreint, Le soleil se déplace, Et nous guide en l'espace Au but… jamais atteint.

Notes

Recueil: Bouquet de pensées. Dédicace: "Aux maîtres aimés". https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5427425w/f21.item

← Précédent Rentrée en serre Suivant → Le rêve d'une nuit d'hiver

Autres poèmes de Cécile d’Affry, baronne d’Ottenfels

1888 1887 A Henri Heine 1888 A Odette 1888 A l’auteur des « Réalités » 1888 A l’auteur des « Tendresses » 1888 Adieux au couvent 1888 Adieux à Paris 1888 Alma mater 1887 Au salon 1888 Aux lecteurs 1888 Bis in idem 1887 Canne et parapluie 1888 Chalet-Eden 1888 Chanson de mai 1892 Couchant sur la mer 1896 D'après Heine (I) 1888 D'après Heine (II) 1888 D'après Heine (III) 1888 D'après Heine (IV) 1888 D'après Heine (IX) 1888 D'après Heine (V) 1888 D'après Heine (VI) 1888 D'après Heine (VII) 1888 D'après Heine (VIII) 1888 D'après Heine (X) 1888 D'après Heine (XI) 1888 D'après Heine (XII) 1888 Duo pour voix de femmes 1888 Eclosion 1888 En wagon 1888 Envoi de fleurs 1888 Feu d'artifice 1888 Fiancée 1888 L'herbier 1888 L'ouverture d'un musée 1888 La chauve-souris 1888 La lorgnette 1888 La mariée 1888 La triste maison 1888 La viole d'amour 1888 Le canari voyageur 1888 Le jour des morts 1890 Le pain de la science 1888 Le procès de Ronron 1888 Le quatre-vingtième 1878 Le repos 1891 Le rosaire 1888 Le rêve d'une nuit d'hiver 1888 Les "Echos du rivage" 1882 Les "moon-stones" 1888 Les adieux 1888 Les choses dites 1888 Les fiancés 1888 Les jeux floraux de Cannes 1888 Les pensées 1888 Les regains 1884 Les verbes auxiliaires 1888 Lettre de condoléance 1888 Mal du pays 1895 Mignon Suisse 1888 Neige en septembre 1885 Nice au mois de Mai 1888 Notre "Sapho" 1888 Pastel 1888 Perles et diamants 1888 Première pluie 1888 Rendez-vous 1888 Rentrée en serre 1888 Resurrexit ! 1886 Rhume 1888 Réchauffe-coeur 1888 Sans soleil 1888 Sous la voilette 1888 Sous le vent 1888 Sous les platanes 1887 Spleen 1888 Sympathies littéraires 1894 Tempêtes 1888 Tête d'enfant 1886 Un démenti 1887 Une échappée sur l’Aar 1887 Vers à chanter 1888