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Perles et diamants

Cécile d’Affry, baronne d’Ottenfels · 1888 · Parnasse · 19e siècle
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Gouttes de lait, rayons de flamme, Perle nacrée et diamant, Beaux astres qu'un rêve de femme A détachés du firmament, J'aime à vous voir au cou des belles Enlacer vos cercles de feu Qui font pâlir dans leurs prunelles L'éclat voilé du tendre aveu ; Je vous aime au doigt du génie Quand votre jour mystérieux Éclaire la page bénie De « l'Eureka » victorieux ; Je vous aime au front des Madones, Doux nimbe d'étoiles semé, Quand l'encens autour des colonnes Enroule son voile embaumé ; Je vous aime plus haut encore, Brillants aux prismes condensés, Perles qu'un rayon fait éclore Dans l'Océan de nos pensers ! Je vous aime et je vous respecte Comme un don, comme un legs du Ciel, Et quand une marée abjecte Vient se ruer sur votre autel, Quand, saisi d'un vertige étrange, Ce siècle aux caprices hideux S'amuse à ternir dans la fange Votre éclat trop vif pour ses yeux, Sans prendre garde à ma faiblesse, Défiant le torrent vainqueur, Pour soutenir l'arche en détresse, Je fais un rempart de mon cœur ! Et sonnant le tocsin d'alarmes, Comme au jour du drame civil, Je crie : Accourez, frères d'armes ! La poésie est en péril ! Accourez, ô penseurs sublimes, Vous qui plantez son étendard Là-haut sur la neige des cimes Qui plane au-dessus du brouillard, Venez, aigles des Solitudes, Rossignols du Chemin des bois, Grands Ouvriers aux âmes rudes, Humbles que la Muse a faits rois ! Du haut de l'azur qu'il contemple, Votre œil ne voit plus nos chemins, Les vendeurs profanent le temple, Et le fouet échappe à vos mains!... Ils ont jeté leur voix hardie À travers nos chœurs immortels, Et leur burlesque parodie Fait des tréteaux de nos autels.... Ils ont souillé de leur empreinte Le divin luth encore debout, Et versé dans la coupe sainte L'immonde écume de l'égout! Ils sapent la nef et les dalles, Ils jettent la perle au pourceau : Poètes, sauvez des Vandales Le sein qui fut votre berceau!... *** Car elle est notre mère, Cette auguste chimère Qui sut tarir nos pleurs, Qui fut notre refuge Dans le premier déluge Des premières douleurs; Car elle est notre épouse, Cette amante jalouse Qui nous mène à son gré, Loin des routes tracées, Dans les champs de pensées, De son pays doré ; Car elle est notre vie, L'enfant cent fois ravie Qu'on enfante toujours, Le doux fruit de nos peines, Le sang pur de nos veines, Le soleil de nos jours... Ah ! pour la voir éclore, Cette fleur de l'Aurore, Que de nuits sans sommeil ! Que de labeurs arides! À nos fronts que de rides Pour ce mythe vermeil !... Et quand l'âme obsédée, Des langes de l'Idée A vu surgir enfin, Sous sa forme nouvelle, Cette enfant immortelle Au sourire divin, Quand, dans l'aube dorée De sa sphère éthérée, Grandissant chaque jour, On la voit qui s'élève Plus haut que notre rêve, Plus haut que notre amour. Si quelque misérable D'un stigmate incurable Osait souiller son front, Si de l'orgie infâme Son beau nimbe de flamme Avait subi l'affront, Dans notre ombre funeste La Lucrèce céleste L'éteindrait de sa main... Et le peuple en furie Sur ceux qui l'ont flétrie La vengerait demain !

Notes

Recueil: Bouquet de pensées. Dédicace: À Sully Prudhomme. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5427425w/f45.item

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