«
Jésus sort du tombeau, tout l'univers en fête
Chante l'Alleluia :
Lève-toi, gai soleil qu'a voilé la tempête !
Petit roseau courbé relève enfin la tête
Que l'ouragan ploya !
Vois, les arbres ont mis leur robe blanche et rose,
Les lilas sont en fleurs,
Sors, mon pauvre captif de ta prison morose !
Ouvre-toi dans l'air pur, pâle bouton de rose
Refleuri sous nos pleurs !...
Ah ! quand l'ardente fièvre à sa lueur croissante
Allumait ton œil bleu,
Quand l'angoisse en mon cœur montait, envahissante.
Quand ta petite main dans ma main frémissante
Brûlait comme du feu...
J'ai cru voir le soleil éteindre sa lumière
Ainsi qu'au Golgotha,
Et les rochers se fendre, et la nature entière
S'effondrer sous mes pas, réduisant en poussière
Tout ce qui m'enchanta.
Sur le jardin fleuri, sur la mer azurée
Planait un voile noir,
Et la barque assoupie et la route affairée,
Et les tons lumineux de cette anse adorée,
Tout faisait mal à voir...
J'eus voulu qu'ici-bas chaque bruit fît silence
Pour n'entendre plus rien,
Rien que le battement plus sourd et plus intense
De nos cœurs suspendant toute leur existence
Aux battements du sien…
Mais la pitié divine a détourné le glaive
De ce front innocent,
L'aurore est revenue, emportant l'affreux rêve,
Et mon hymne de joie aux cieux émus élève
Son plus pieux accent.
Et l'azur reparaît, et la mer étincelle,
Et dans ce frais décor,
Dans « l'Eden » reconquis la céleste hirondelle,
L'oiseau bleu du bonheur revient poser son aile,
Toute meurtrie encor.
Ah ! laissons ce phénix renouveler son être
Aux rayons attiédis !
Ah ! laisse-le chanter, enfant, sous ta fenêtre,
Et t'apprendre à ton tour à revivre, à renaître
Dans ce doux paradis !
Il y fera son nid sous l'odorant feuillage
De nos grands pins touffus,
Et la rose grimpante et la vigne sauvage
Y viendront l'enlacer d'un verdoyant treillage
Qu'il ne franchira plus.