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La lune sur nos fronts glissait silencieuse,
Inondant le jardin de sa blanche clarté,
La fusée à grand bruit lançait, plus lumineuse,
Des étoiles de pourpre en ce beau ciel d'été.
Sans donner un regard au rayon doux et pâle
Qui nous enveloppait d'un jour mystérieux,
L'œil fasciné suivait la route triomphale
De l'immense comète au sillon radieux.
Il la voyait monter, rapide, éblouissante,
Allumer dans la nuit des milliers de soleils,
Puis retomber vers nous, gerbe resplendissante,
Égrenant dans les airs tous ses épis vermeils.
Et de chaque fenêtre, et de chaque terrasse,
D'autres regards charmés la suivaient à leur tour,
Car, passant ici-bas, l'homme aime ce qui passe,
Ce qui brille et s'enflamme, et s'éteint sans retour...
Mais lorsque je revins vers la plage embaumée
La lune régnait seule au ciel et sur les flots,
Et la mer rayonnait sous sa splendeur aimée,
Sans ride et sans murmure, image du repos.
Et je sentis alors mon âme se détendre
Dans le calme enchanteur de cette nuit d'été.
Une paix inconnue en mon cœur vint descendre,
Comme un philtre enivrant par la brise apporté.
C'était comme un bonheur de vivre sans souffrance,
Sans désirs, sans regrets, sans amour et sans fiel,
De se perdre, humble atome, en la nature immense,
Et d'oublier la terre en contemplant le ciel.
De voir à l'horizon toute vague apaisée,
Et de n'entendre plus ni l'orage dans l'air,
Ni le bruit vide et creux de l'ardente fusée
Qu'on prend pour une étoile et qui n'est qu'un éclair...
Brillant théâtre humain, monde où tout est factice.
Le sourire et les pleurs, les plaisirs et l'amour,
Il faut à tes regards les grands feux d'artifice
Qui retracent si bien tes passions d'un jour.
Mais l'âme du poète est semblable à cette onde
Où la lune a posé son baiser radieux :
Elle doit désormais rester pure et profonde
Et ne plus refléter que les astres des cieux.