← Retour aux poèmes

Les jeux floraux de Cannes

Cécile d’Affry, baronne d’Ottenfels · 1888 · Parnasse · 19e siècle
«
Le printemps émigrait dans ce doux coin du monde Qui « naquit d'un baiser du soleil et de l'onde », Et déjà la « Cigale », envolée à Lérins Saluait son retour au son des tambourins ; Les drapeaux déployaient les couleurs de la France, Les enfants gazouillaient le parler de Provence : Partout, des monts au golfe et de la lèvre aux yeux, On sentait tressaillir comme un frisson joyeux, Comme un enivrement de vivre et de renaître, De chanter son pays, de l'illustrer peut-être ; Car les cœurs ce jour-là battaient à l'unisson, Les voix ne savaient plus qu'une seule chanson : Celle que le Trouvère, idole de sa troupe, Nous avait dite hier en nous tendant la coupe, Et dont le souffle ardent, embrasant le vieux vin, Nous avait tous grisés comme un philtre divin. Et maintenant devant la foule enthousiaste Ce fier accent vibrait sans enflure et sans faste ; Sous l'humble dais de toile ouvert à tous les vents La langue d'oc avait des sons plus émouvants ; C'était comme la cloche austère du village Rappelant à nos cœurs les vertus d'un autre âge, Avec ce timbre aimé qui berça notre foi, Et qui lui dit si haut : « Lazare, éveille-toi ! » . . . . . . Lazare était debout, et l'oreille tendue, La Provence écoutait, à sa voix suspendue. Il lui disait : « Regarde, ô mon pays aimé, Ces fils, vaillant faisceau que ta sève a formé ! Membres d'un plus grand corps, ta pensée est leur âme, Car il faut un foyer pour conserver la flamme. Moi je ne suis qu'un bras et n'ai semé qu'un grain, Mais notre sol est riche et notre ciel serein : Je vois de tous côtés l'ample moisson qui lève Et je bénis mon Dieu d'avoir atteint mon rêve !... » Puis sa voix se troubla sous l'âpre émotion, Et ce ne fut qu'un cri, qu'une acclamation ; Mais lui, sans écouter les hourras de la foule, Ne voyait dans nos yeux que la larme qui coule ; Car l'encens qui séduit l'humaine vanité Au-delà de son cœur n'était jamais monté : Un autre amour vibrait dans la large poitrine De ce fils du Midi qu'enfanta Lamartine ; Au tombeau du tribun il l'avait respiré, Et sa flamme aujourd'hui l'avait transfiguré ; Dans ce siècle d'acteurs je voyais un apôtre, Et j'ai fermé les yeux pour ne plus voir rien d'autre... Alors, sous mes yeux clos, Esterel, îles d'or, Tout disparut, changé dans un nouveau décor : C'étaient toujours des flots, c'était toujours une île, Algue verte émergeant au sein d'un lac tranquille, Où les rocs du Salève et les pics du mont Blanc S'estompaient dans l'azur de ce miroir tremblant. Puis à l'ombre des tours, de mousse revêtues, Dans un jardin fleuri je voyais deux statues Sœurs de bronze et de fer debout sur le chemin, Sous un même étendard se tenant par la main, Cependant qu'à nos pieds le Léman et le Rhône, Enlaçant leurs plis bleus et leur écharpe jaune, Unissant leurs deux voix dans un suprême accord, Couraient au même but le long du même bord ; Mais en vain l'un dans l'autre essayant de se fondre, Mêlaient leurs flots divers… sans jamais les confondre.

Notes

Recueil: Bouquet de pensées. Dédicace: À Frédéric Mistral. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5427425w/f56.item

← Précédent Les verbes auxiliaires Suivant → La chauve-souris

Autres poèmes de Cécile d’Affry, baronne d’Ottenfels

1888 1887 A Henri Heine 1888 A Odette 1888 A l’auteur des « Réalités » 1888 A l’auteur des « Tendresses » 1888 Adieux au couvent 1888 Adieux à Paris 1888 Alma mater 1887 Au salon 1888 Aux lecteurs 1888 Bis in idem 1887 Canne et parapluie 1888 Chalet-Eden 1888 Chanson de mai 1892 Couchant sur la mer 1896 D'après Heine (I) 1888 D'après Heine (II) 1888 D'après Heine (III) 1888 D'après Heine (IV) 1888 D'après Heine (IX) 1888 D'après Heine (V) 1888 D'après Heine (VI) 1888 D'après Heine (VII) 1888 D'après Heine (VIII) 1888 D'après Heine (X) 1888 D'après Heine (XI) 1888 D'après Heine (XII) 1888 Duo pour voix de femmes 1888 Eclosion 1888 En wagon 1888 Envoi de fleurs 1888 Feu d'artifice 1888 Fiancée 1888 L'herbier 1888 L'ouverture d'un musée 1888 La chauve-souris 1888 La graine du beau 1888 La lorgnette 1888 La mariée 1888 La triste maison 1888 La viole d'amour 1888 Le canari voyageur 1888 Le jour des morts 1890 Le pain de la science 1888 Le procès de Ronron 1888 Le quatre-vingtième 1878 Le repos 1891 Le rosaire 1888 Le rêve d'une nuit d'hiver 1888 Les "Echos du rivage" 1882 Les "moon-stones" 1888 Les adieux 1888 Les choses dites 1888 Les fiancés 1888 Les pensées 1888 Les regains 1884 Les verbes auxiliaires 1888 Lettre de condoléance 1888 Mal du pays 1895 Mignon Suisse 1888 Neige en septembre 1885 Nice au mois de Mai 1888 Notre "Sapho" 1888 Pastel 1888 Perles et diamants 1888 Première pluie 1888 Rendez-vous 1888 Rentrée en serre 1888 Resurrexit ! 1886 Rhume 1888 Réchauffe-coeur 1888 Sans soleil 1888 Sous la voilette 1888 Sous le vent 1888 Sous les platanes 1887 Spleen 1888 Sympathies littéraires 1894 Tempêtes 1888 Tête d'enfant 1886 Un démenti 1887 Une échappée sur l’Aar 1887 Vers à chanter 1888