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Les verbes auxiliaires

Cécile d’Affry, baronne d’Ottenfels · 1888 · Parnasse · 19e siècle
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Au premier feuillet des grammaires — Ce premier effroi des bambins — Il est deux verbes que les mères Enseignent aux blonds chérubins ; Bien après l'heure de l'école, Les grands les conjuguent en chœur ; Bien avant toute autre parole Le plus petit les sait par cœur ; Car il ne peut ouvrir la bouche, Dire sa joie ou son chagrin, Sans foire vibrer une touche De cet orgue au double refrain Où le verbe avoir, le verbe être Vont se répondant tour à tour, Réseau parlant qui s'enchevêtre Au langage de chaque jour. Plus tard, quand Homère et Virgile Les transposent en d'autres tons, Dans le sport de la plume agile C'est par eux que nous débutons. Comme deux lignes parallèles Ils s'allongent dans les cahiers Et se moulent dans les cervelles De tous nos futurs bacheliers. Mais dès qu'un autre horizon s'ouvre Devant nos pas émerveillés, L'œil qui les accouplait découvre Qu'ils sont bien mal appareillés; Que les chemins qu'on croyait frères Bifurquent en sens opposés, Et qu'entre leurs deux buts contraires Les camps humains sont divisés. L'un pour atteindre la fortune Dans les bas-fonds va chercher l'or, Et l'autre irait jusqu'à la lune Pour mieux affirmer son essor. L'un va tout droit, l'autre serpente Avec maint sinueux détour, L'un conduit au haut de la pente, L'autre en fait prudemment le tour. Dans son choix le jeune homme hésite ; Le laurier miroite à ses yeux, Mais sa fleur ne s'ouvre pas vite, Et le lingot brille encor mieux… Le roi-lingot, puissance occulte, Dernier dieu qu'on adore encor, Qui nous unit dans un seul culte Et nous ramène à l'âge d'or… Aussi pour rester à la mode, Et pour marcher avec le temps, La langue a révisé le Code Qu'on nous imposa trop longtemps. Elle a remplacé le verbe être — Vieux mot, suranné, discordant — Par sa douce rime : paraître — Un mot bien plus accommodant ! Elle enseigne à nos futurs hommes À parler comme nous vivons : Autrefois l'on disait « nous sommes », On dit aujourd'hui ; « nous avons ».

Notes

Recueil: Bouquet de pensées. Dédicace: Au Comte A. de Pontmartin. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5427425w/f52.item

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