«
Il faisait froid, il faisait sombre,
Sous mes pas les feuilles sans nombre
Tournoyaient le long du chemin ;
Plus une fleur dans les prairies,
Plus un prétexte aux rêveries :
Brume aujourd'hui, neige demain !...
Pourtant, sous la muraille haute,
Je vis en remontant la côte
Briller, comme un papillon blanc,
Une marguerite oubliée
Qui, sous la feuille repliée,
Semblait s'abriter en tremblant.
Mais, renversant le frêle égide,
La bise glacée et morbide
Lui versait son souffle maudit ;
La fleur vibrait sous son étreinte,
Et si triste était la complainte
Que mon triste cœur l'entendit ;
« Rose flétrie et feuille morte,
Allez où le vent vous emporte !
Vous avez rempli vos destins ;
Votre senteur s'est exhalée,
Vous avez eu dans la vallée
Vos beaux soirs et vos gais matins.
« Moi j'ai poussé sous un mur sombre,
Et je vais mourir dans son ombre
Sans avoir connu le soleil,
Sans avoir senti ma corolle
Resplendir sous son auréole,
Rougir sous son baiser vermeil.
« Ô soleil, flambeau de la vie,
Coupe où la terre inassouvie
Boit la sève qui fait fleurir,
Qu'un seul jour ton rayon m'effleure !
Que ton philtre m'enivre une heure !
Je veux vivre avant de mourir!... »
Mais, sourd à l'ardente prière,
Sur l'astre atone et sans lumière,
L'opaque brouillard descendit,
Et quand, sous la froide rosée,
S'affaissa la plante brisée
Ma voix seule lui répondit :
Repose en paix, frêle fleurette !
Ce soleil que ton cœur regrette,
Il aurait flétri ta beauté;
Ses ardeurs n'ont pas de mesure,
Et son baiser se fait morsure,
Pendant les longs jours de l'été.
Pareille au pampre du Vésuve,
Ta tige à son brûlant effluve
Se fut desséchée en un jour,
Ou bien, sous l'orage qui tonne,
Ton frais calice avant l'automne
Eut été broyé sans retour.
Si tu veux renaître et revivre
Viens dormir aux feuillets du livre,
De ton parfum viens l'embaumer!...
Peut-être un pur rayon de l'âme
Viendra t'y verser cette flamme
Qui réchauffe sans consumer.