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Lettre de condoléance

Cécile d’Affry, baronne d’Ottenfels · 1888 · Parnasse · 19e siècle
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Si ma voix lointaine s’est tue Quand on vint vous tendre la main C'est que je me suis souvenue De la douleur du lendemain ; De cette douleur qui persiste Quand la vie a repris ses droits, À l'heure plus morne et plus triste Où l'on est seul avec sa croix. Lorsque la tombe nous arrache Ce premier lien fraternel, Où tout le passé se rattache. Et que l'on croyait éternel, C'est comme un membre qu'on nous brise, Et quand le mal semble guérir C'est alors souvent qu'il s'attise Au souffle qui veut l'amortir... C'est alors que l'œil moins humide Voit mieux dans les rangs éclaircis, Que la place semble plus vide Lorsque d'autres s'y sont assis... C'est alors que l'âme isolée Aime écouter le chant qui vient Parler tout bas de l'envolée, Et dire encor qu'on se souvient. Oui, j'ai gardé ta chaude empreinte, Doux rayon qu'éteignit la mort ; Mais quelle assez triste complainte Pourra jamais chanter ton sort? Qui dira l'étrange contraste De ta beauté, de ton malheur, Et ta misère au sein du faste, Et ta gaité dans la douleur ? Mais surtout qui saura décrire Ton esprit si jeune et si fin, Et le charme de ce sourire Que tu gardas jusqu'à la fin ? Image aimée et familière, Je t'ai fait dans mon souvenir Un de ces beaux cadres de lierre Que nul hiver ne peut flétrir, Comme ceux que tes doigts de fée Savaient faire éclore autrefois, Et dont je garde un doux trophée, Entourant le Christ sur sa croix. Et, devant la douleur suprême Dont l'artiste empreignit ses traits, Ma pensée a pu sans blasphème Parfois rapprocher les portraits : Oui, femme de l'ancien régime, Railleuse enfant de Sévigné, Parfois de l'auguste Victime Tu pris le regard résigné, Car de la colère divine Ta vie aussi porta le poids, Et, sous son éternelle épine, Ton cœur saigna plus d'une fois... Mais au sommet de ton calvaire Ton pied las s'arrêtait encor Pour cueillir une primevère, Pour saisir un papillon d'or ; Et là-haut, en voyant ta palme, Les martyrs se sont demandé : D'où nous vient la sœur au front calme Que la douleur n'a pas ridé ?

Notes

Recueil: Bouquet de pensées. Dédicace: À Madame la Comtesse de Puységur, après la mort de la Comtesse de Dampierre. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5427425w/f102.item

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