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Si ma voix lointaine s’est tue
Quand on vint vous tendre la main
C'est que je me suis souvenue
De la douleur du lendemain ;
De cette douleur qui persiste
Quand la vie a repris ses droits,
À l'heure plus morne et plus triste
Où l'on est seul avec sa croix.
Lorsque la tombe nous arrache
Ce premier lien fraternel,
Où tout le passé se rattache.
Et que l'on croyait éternel,
C'est comme un membre qu'on nous brise,
Et quand le mal semble guérir
C'est alors souvent qu'il s'attise
Au souffle qui veut l'amortir...
C'est alors que l'œil moins humide
Voit mieux dans les rangs éclaircis,
Que la place semble plus vide
Lorsque d'autres s'y sont assis...
C'est alors que l'âme isolée
Aime écouter le chant qui vient
Parler tout bas de l'envolée,
Et dire encor qu'on se souvient.
Oui, j'ai gardé ta chaude empreinte,
Doux rayon qu'éteignit la mort ;
Mais quelle assez triste complainte
Pourra jamais chanter ton sort?
Qui dira l'étrange contraste
De ta beauté, de ton malheur,
Et ta misère au sein du faste,
Et ta gaité dans la douleur ?
Mais surtout qui saura décrire
Ton esprit si jeune et si fin,
Et le charme de ce sourire
Que tu gardas jusqu'à la fin ?
Image aimée et familière,
Je t'ai fait dans mon souvenir
Un de ces beaux cadres de lierre
Que nul hiver ne peut flétrir,
Comme ceux que tes doigts de fée
Savaient faire éclore autrefois,
Et dont je garde un doux trophée,
Entourant le Christ sur sa croix.
Et, devant la douleur suprême
Dont l'artiste empreignit ses traits,
Ma pensée a pu sans blasphème
Parfois rapprocher les portraits :
Oui, femme de l'ancien régime,
Railleuse enfant de Sévigné,
Parfois de l'auguste Victime
Tu pris le regard résigné,
Car de la colère divine
Ta vie aussi porta le poids,
Et, sous son éternelle épine,
Ton cœur saigna plus d'une fois...
Mais au sommet de ton calvaire
Ton pied las s'arrêtait encor
Pour cueillir une primevère,
Pour saisir un papillon d'or ;
Et là-haut, en voyant ta palme,
Les martyrs se sont demandé :
D'où nous vient la sœur au front calme
Que la douleur n'a pas ridé ?