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Couchant sur la mer

Cécile d’Affry, baronne d’Ottenfels · 1896 · Parnasse · 19e siècle
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I Ah! si le pinceau pouvait rendre L'aspect de cette mer en feu ! Ce rouge ardent, ce rose tendre, Ces flots de pourpre au reflet bleu ! Si la strophe aux nuances pâles Pouvait semer sous son burin Tous ces prismes d'ambre et d'opales, Qui tombaient du céleste écrin, Pour que sa splendeur s'éternise Je fixerais ma vision Sur un beau cristal de Venise, Avec de l'or en fusion. Le cadre était si grandiose Et le tableau si saisissant Que l'astre, en son apothéose, Sur la lèvre arrêtait l'accent, Et vers l'Auteur de la lumière Sentant mon âme s'élancer, Mes mains, comme pour la prière, S'étaient jointes sans y penser. II Pourtant ces radieux mirages Qu'ignore l'azur des beaux soirs, C'était le reflet des nuages, Tout à l'heure encore si noirs, De ces tristes murailles d'ombre Qui montaient, flottante prison, Drapant le ciel d'un crêpe sombre, Voilant le cœur et l'horizon. Mais voici qu'à l'heure suprême Où le soleil va nous quitter, Le rideau se fend de lui-même Au foyer qui vient d'éclater : Voici qu'à l'ardent incendie, Allumant ses débris fuyants, L'opaque nuée irradie Sur l'onde aux replis chatoyants ; Voici que sa traînée en flamme Sur le golfe entier resplendit, Ainsi qu'une immense oriflamme Qu'un miroir immense grandit ; Et, de l'horizon jusqu'au faîte, Confondant leurs doubles brasiers, Ciel et mer prolongent la fête Sous nos regards extasiés. III Ainsi, quand l'humaine journée A passé morne et sans soleil, Quand, dès l'aube, la destinée N'eut pas même un reflet vermeil. Bien souvent, à l'heure dernière, Au tomber du soir d'ici-bas, On voit se lever la lumière Du jour qui ne s'éteindra pas ; Et plus les larmes de ce monde Ont obscurci l'âme et le cœur, Plus le rayon qui les inonde De ces ténèbres sort vainqueur. On dirait qu'à travers la nue, S'ouvrant un chemin radieux, La Vierge en sa gloire est venue Adoucir l'instant des adieux, Et, dans l'âme encor frémissante, Verser plus d'ardentes clartés Que cette pourpre éblouissante Embrasant deux immensités.

Notes

Poème paru dans la revue "L'année des poètes", en 1896. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54407771/f346.item

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